TU CHLORDÉCONE!

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Photo : Alliance Médicale

Le mot même de ce pesticide est devenu aux Antilles un camouflet populaire. La banane, produite intensivement dans les caraïbes françaises est largement subventionnée pour « exister » économiquement face à la banane dite « dollar » produite en Amérique Latine. Ce type de production a généré une vaste pollution qui a contaminé les terres et l’environnement côtier pour longtemps.

 @ La banane Antillaise surprotégée

La banane antillaise est toujours « protégée » par l’Europe sur insistance des différents gouvernements français. En contre partie, ce sont quelques milliers d’emplois sauvegardés… mais à quel prix ?

Pour maintenir un haut niveau de productivité les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires souvent toxiques – le plus connu est sûrement le tristement célèbre « chlordécone » pour ne parler que de lui, qui a pollué, pollue toujours et polluera encore pendant plusieurs décennies, voire des siècles, la terre et l’eau.

@ Les dangers du chlordécone

Ce produit chimique, interdit depuis seulement 1990 en France mais depuis 1993 aux Antilles françaises ( ?) continue d’empoisonner aussi les relations entre écologistes, scientifiques, cultivateurs et politiques. Le Pr Belpomme (Cancérologue, Président de l’ARTAC) après sa visite  en Martinique a transmis  un rapport au ministre que certains qualifient d’alarmiste d’autres de réaliste. Il a eu en tout cas l’effet positif de cristalliser le débat. La question peut se résumer ainsi : « Les pesticides  affectent-ils la santé des populations? ». Selon le Pr. Belpomme la réponse est clairement « Oui ».  Selon d’autres spécialistes (non médecins) la réponse serait plus nuancée. Comment s’y retrouver dans ce débat « d’experts » ?

Fabriqué par la firme Dupont de Nemours dès 1952, ce produit appartient à la famille des organochlorés et un parent du DDT. Il fut commercialisé sous diverse appellation comme Képone ou Curlone. 6000 tonnes[1] ont été déversées sur la Martinique ce qui représente 300 tonnes de produit pure (dissolution 5%). Le chlordécone se présentait sous forme de poudre que l’on mettait au pied du bananier pour empêcher le charançon de s’attaquer à cette herbe géante. C’est un produit neurotoxique et des cas de cancer du foie ont été observés chez l’animal. Officiellement, aujourd’hui Il n’y a pas d’étude scientifique établissant un lien direct entre pesticides et santé humaine – certaines études conduites par l’INSERM sont en cours (HIBISCUS : vérifier les effets sur la fertilité humaine, TIMOUN : effet neurologique pré et post-natal, KARUPROSTAE : incidence sur le cancer de la prostate très élevé en Guadeloupe et Martinique). Que reste t-il ? Des faisceaux de présomption et le bon sens.

Les pesticides comme le chlordécone sont-ils toxiques pour les organismes humains ? La réponse est Oui – et les manipulateurs directs de ces produits sont en première ligne. Le chlordécone est une molécule lipophile (qui aime les graisses) elle a aussi la propriété de s’accumuler dans les tissus animaux et végétaux et passe dans la chaîne alimentaire or l’homme est situé tout en haut de la chaîne alimentaire. En 2002, 1,5 tonnes de patates douces ont été saisies par la DGCCRF sur le port de Dunkerque en provenance de Martinique parce qu’elles dépassaient les normes autorisées par l’Afssaps. Il faudra attendre les résultats des études en cours pour peut être quantifier l’impact de ce pesticide sur la santé humaine. Reste que l’environnement lui est durement touché. Toutes les zones de la Martinique ne sont pas polluées. La façade nord atlantique est l’une des zones les plus affectées à cause de la production agricole.

@ la prise de conscience tardive des autorités

Une mission « JAFA » est chargée de vérifier en fonction de la probabilité de contamination la qualité des terres des jardins privés car les légumes racines, très consommés aux Antilles (patates douces, ignames, « chou de chine ») peuvent être imprégnés par cette molécule et contaminer les consommateurs locaux. L’eau aussi est depuis peu très surveillée. L’usine de Vivé qui alimente en eau 30% de la Martinique située près de la commune du Lorrain est désormais équipée de filtres à charbon actif (depuis décembre 2005 seulement !) et l’eau du robinet ne présente plus de danger pour les populations. Par contre d’autres points d’eau disséminés dans plusieurs communes alentours (Basse Pointe, Ajoupa Bouillon, Macouba, etc.) présentent un risque sanitaire.

 @ Et après…

Au-delà du chlordécone, bien d’autres produits phytosanitaires sont toujours utilisés malgré semble t-il une forte réduction de leur volume. L’épandage par avion ou hélicoptère de pesticides continue malgré une règlementation plus pressante et incommode sévèrement les populations proches des cultures. Ces produits volatiles se dissipent dans l’air et au grès des vents vont polluer les lieux de résidence rendant l’atmosphère irrespirable, créant suffocations et malaises respiratoires dans les populations avoisinantes. Les pressions exercées par les autorités sur les agriculteurs du fait de la prise de conscience écologique de l’opinion publique (le « grenelle de l’environnement » ou les visites du Pr Belpomme en Guadeloupe et Martinique  ayant au moins servi à cela)- il est envisagé de diviser par deux l’utilisation des pesticides. On peut regretter que de nouveaux phytosanitaires miracles sont toujours fortement utilisés aux Antilles comme le Réglone2 de Syngenta agro s.a.s. déclaré toxique, ayant des effets graves sur la santé en cas d’ingestion prolongée, toxiques et néfastes pour l’environnement et les organismes aquatiques à long terme, de même que le Basta de Bayer, un herbicide non sélectif, et d’ autres encore. Quelle confiance accorder à ces sociétés commerciales quand on découvre avec stupeur que des sociétés comme Monsanto ont menti sur la biodégradabilité de leur fameux herbicide « Round up ».

Le simple principe de précaution a été et reste une fois de plus foulé aux pieds. Dès lors qu’on ne connaît pas les conséquences à court, moyen et long terme sur l’organisme humain et l’environnement le simple principe de précaution devrait être appliqué systématiquement. La loi exige des médicaments des études scientifiques poussées avant mise sur le marché. Pourquoi ne pas exiger la même chose des produits phytosanitaires dont on sait qu’ils sont nocifs ou toxiques par nature et répandus sans véritable contrôle dans l’environnement ?  Qui chlordécones ?

Ph. Granville.  sept. 2010



[1] Source DSDS Martinique

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