L’EMPREINTE DU TEMPS

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   Une e-nouvelle de Bernard Craut – 2010 –

  EMPREINTE

–  Chapitre I –

A l’origine.

 

La lettre que nous reproduisons ici est datée du 1er février 1947. Elle fut écrite par le docteur Joseph S. né à Montpellier, le 5 novembre 1911. Le docteur Joseph S. exerça consciencieusement sa profession dans un petit village des Pyrénées jusqu’à sa disparition.

Volontairement, nous avons fragmenté ce document en chapitres et ajouté des titres. Nous avons aussi modifié les noms et les lieux pour éviter de réveiller ce qui doit encore dormir avant de s’effacer des mémoires. Il reste assurément encore des témoins de cette nébuleuse affaire et il n’est pas certain que le feu soit tout à fait éteint. Il faudra encore bien du temps pour que les souffrances disparaissent ou pour résoudre cette étrange histoire.

            La totalité du document n’a pu être retrouvée. Il subsiste quelques manques perdus à jamais. Les feuillets ont été récupérés après l’incendie de la maison du docteur S. qui l’emporta. Ils furent conservés, aux archives départementales.

            Cette lettre était adressée à sa mère, Adèle S. mais elle ne lui est jamais parvenue. Le docteur S. se trouvait dans son cabinet au rez-de-chaussée de l’immeuble situé dans la rue du vieux moulin quand l’incendie qui l’a emporté a débuté. On a retrouvé son corps carbonisé, recroquevillé près d’un amas de pierre organisé qui formait un foyer.
Pourquoi cet incendie? Pourquoi le Docteur S. a allumé un foyer au beau milieu de son cabinet alors qu’il y avait une cheminée au fond de la pièce ?  Pourquoi le Docteur S. ne s’est-il pas sauvé lorsque l’incendie s’est déclaré?  Nous ne le saurons sans doute jamais. Un autre mystère entoure cette affaire : nous ne savons pas qui a trouvé cette lettre ni pourquoi elle a été classée dans les archives départementales. Seul le hasard, autre grand acteur de cette histoire, nous a transmis ce document peu commun.

Chapitre II

Les remords

 

Voici reproduite ici la lettre du docteur S. à sa mère Adèle.

[…] Malgré les événements qui traversent l’histoire, je sais combien ma responsabilité est engagée dans cette affaire. L’amertume des reproches n’est rien comparée aux remords qui me hantent – tu me comprends certainement. Il n’y a plus qu’à toi que je peux me confier et soulager ma conscience. Ma pauvre Julia me reprochait déjà de trop m’impliquer dans mon travail et d’ajouter à mes prescriptions une ligne de compassion. Depuis que je suis seul, je me consacre davantage encore à mon travail. Mais j’ai commis une faute. Il y a plus de cinq ans maintenant et cette faute me tourmente. Elle me persécute, et s’imprime comme une tâche dans mon âme. Je ne sais pas combien de temps je pourrai vivre avec cette croix trop lourde pour moi et je ne sais pas si là-haut elle me sera enlevée. Je ne peux pas réparer mais j’ai tenté de comprendre.

Il n’avait que 13 ans lorsqu’ils me l’ont amené. Ils ont forcé ma porte et sont entrés dans mon cabinet. Ils sont entrés comme une bourrasque. Il y avait le Maire, deux gendarmes et une bonne quinzaine de personnes qui poussaient pour envahir mon cabinet et seul le rebord extérieur de mon bureau les a retenus ; ils étaient plus excités les uns que les autres. Je n’entendais rien, j’étais abasourdi, décontenancé et j’ai senti que je glissais dans mon fauteuil.

Je voyais à travers ma fenêtre une petite foule qui arrivait encore et emplissait la salle d’attente. J’ai cru que le village entier entrait chez moi et venait me chercher pour me lyncher. J’étais sourd dans ce brouhaha. Quel mal avais-je commis? Et puis il m’est venu à l’esprit que j’avais probablement été dénoncé pour collaboration ou quelque autre prétexte pourvu qu’on trouvât un coupable et j’étais tout seul désigné par la foule. La sauvagerie de la guerre n’est pas finie. En ces temps de vengeance l’innocent est couramment coupable. Les dénonciateurs sont persuasifs et ne s’encombrent  pas de preuves quand ils servent leurs intérêts. La foule est imbécile et forte. Chercher à se défendre est une provocation qui attise la haine.

 

Mon regard s’est soudain fixé sur un jeune garçon encadré par deux gendarmes. Il était vêtu d’une chemise de nuit tâchée et déchirée. Sa tête tombait sur sa poitrine. Il avait les épaules basses et les pieds nus écorchés. Sa main gauche était suspendue à hauteur de son épaule. Une paire de menottes la reliait au poignet d’un des gendarmes. Son collègue lui tenait fermement l’autre bras. Ses cheveux longs ébouriffés lui couvraient le visage et la nuque. Il ressemblait à une bête, non! C’était une bête qu’on venait de capturer et qu’on m’amenait là. Un des gendarmes a agrippé la tignasse du gamin et lui a violemment redressé la tête. J’ai vu alors ses yeux noirs. Il y avait dedans autant de peur que d’effroi. Mais il y avait aussi de la tendresse et une grande détresse. Il était sale, du sang séché sortait de la commissure de ses lèvres et coulait le long de sa gorge- il avait peut-être été battu. J’ai compris que c’était lui qu’on accusait et non moi. Je me suis alors repris quelque peu rassuré et je me suis indigné, d’abord par bravade puis par réelle indignation. Quoi qu’il ait fait, comment pouvait-on traiter un enfant de la sorte! Que lui était-il  arrivé?

– Il s’est encore échappé ! M’a lancé l’un des gendarmes.

– C’est le sauvage! A continué une voix dans l’assistance.

Et le brouhaha a recommencé.

– Qui est cet enfant demandais-je?

– C’est notre enfant ! C’est mon petit Thomas. Me répondit une femme éplorée.

Monsieur le Maire s’est approché et s’est penché au dessus de mon bureau.

– Il s’agit du petit Thomas N. vous êtes sans doute au courant? Me confia-t-il

– Non, répondis-je.

– C’est le fils N. celui qui avait disparu et qui a été retrouvé il y a environ un mois. Il s’est encore échappé de l’hôpital et on l’a retrouvé. Il se cachait derrière le tas de bois juste derrière chez vous. Alors on l’a amené ici. Ils n’en veulent plus à l’hôpital, vous comprenez alors il faudrait faire quelque chose.

Je me suis approché de l’enfant pour l’examiner. Il s’est mis à trembler et à se débattre comme une bête sauvage que l’on vient de prendre au piège. Les gendarmes ont dû le tenir pour que je puisse l’ausculter. Étrangement il tenait fermement sa main droite dans sa main gauche comme s’il avait mal ou s’était blessé. J’ai regardé cette main droite ; il y avait qu’une trace rougeâtre qui pouvait être du sang séché ou de la peinture.

L’assemblée s’était calmée et le silence était revenu. Toute l’attention de la foule était maintenant posée sur moi. J’ai essayé de parler à l’enfant mais je n’ai eu pour toute réponse que quelques grognements incompréhensibles.

 

– C’est comme ça qu’il parle maintenant ! Me dit sa mère sur un ton calme et désespéré.

Thomas me fixait. Quelque chose de terrible traversait ses yeux. Des sons rauques de bête blessée sortaient de sa gorge. Quand j’ai baissé les yeux pour examiner une nouvelle fois cette main qu’il serrait si fort, il a essayé de me mordre. Les gendarmes l’ont aussitôt repoussé et le bruit a recommencé.

Le Maire ne comprenait pas qu’on puisse laisser un enfant comme cela en liberté et réclamait des soins, les parents croyaient leur fils possédé, les autres jugeant l’animal féroce, craignaient qu’on le libérât et puis il y avait les gendarmes pressés d’en finir qui me demandaient l’internement d’office.

J’ai signé son internement.Cela n’a pas duré plus de dix minutes en tout. La nuée est repartie et voilà un gosse que j’ai enfermé à vie ; car personne ne sort de l’Asile de  Montluc.

J’ai signé voilà tout ; et je n’ai pas d’excuses sinon celle de la lâcheté, la lâcheté ordinaire. Cette lâcheté est la pire, insignifiante en apparence mais terrible dans ses conséquences. Elle nous habite tous et nous fait détourner les yeux quand nous devrions résister. Cette  lâcheté ordinaire qui nous tire vers le médiocre et ne laisse pas de cicatrices ; celle qui se niche dans notre conscience et veille à notre confort intime, celle encore qui nous fait échapper à notre responsabilité morale, celle qui nous interdit de bouger. C’est cette lâcheté ordinaire qui abîme imperceptiblement notre âme. Elle est là lors des petits événements et à chaque passage nous réduit au plus petit dénominateur du commun.

Un médecin n’est qu’un homme mais ses faiblesses sont plus graves car il représente pour ces gens ordinaires une autorité assise sur un savoir. Cette science que le commun suspecte de ne pas être ordinaire le fascine pourtant et parfois jusqu’à l’abandon qu’on appelle confiance. Et cette confiance là est une charge.  J’ai signé parce qu’ils me l’ont demandé mais au fond de moi je savais déjà mon erreur.

C’est en voulant en savoir plus que j’ai compris l’horreur de mon geste. Je ne pouvais réparer cette faute et j’ai éteint une vie.

Je crois cependant avoir découvert ce qui s’est passé. Aussi étrange que cela puisse paraître je suis arrivé à des conclusions qui vont t’étonner, surtout de ma part, mais je te demande de me croire.

 

 

Chapitre III

Redevenu sauvage

Peut-être te souviens-tu de cette histoire étrange dont les journaux ont parlé. Il y a environ six ans un petit garçon du village disparaissait alors qu’il visitait la grotte de I… avec ses parents. Pendant plusieurs jours on l’avait cherché dans la montagne. Tous les gens de ce village furent volontaires pour participer aux recherches. Ni les chiens ni les hommes ne le retrouvèrent. Aucun témoin l’enquête piétina, s’enlisa et s’arrêta. Les bonnes volontés s’épuisèrent vite et les recherches sur le terrain cessèrent. Des affiches avec la photo et la description de l’enfant furent distribuées chez les commerçants – tu dois t’en souvenir, l’affaire fit grand bruit à l’époque et ce n’est pas si lointain. Certains dans le village croyaient à l’enlèvement, d’autres étaient persuadés qu’il s’agissait d’une fugue et les conversations alimentaient les soupçons. On avait vu un rôdeur ici, des bohémiens là, cette affaire bouleversa le village et les villages environnants et puis progressivement, l’émotion passa, l’affaire du petit Thomas se réduisit à un dossier de gendarmerie et les parents se retrouvèrent seuls. L’espoir remplaça le désespoir.

Quelques mois passèrent, et un jour, Jean Baptiste le berger d’ A… découvrit un jeune garçon dans sa bergerie. Il le surprit en train d’égorger une brebis avec ses dents. Le gamin était devenu fou ou loup. Jean Baptiste amena aussitôt l’enfant à la gendarmerie. Ils firent rapidement le rapprochement avec le petit Thomas disparu quelques mois plutôt. La description correspondait. Ils prévinrent aussitôt les parents qui le reconnurent. Une nouvelle affaire commençait et les journaux s’en emparèrent. Ils ne titraient plus que sur « l’enfant redevenu sauvage » et sur l’incroyable aventure de ce gamin mi-homme mi-loup. Dénutri et couvert de plaies le petit fut placé à l’hôpital. L’enfant se comportait comme un animal sauvage, montrant les dents et cherchant à mordre. Ses parents ne comprenaient pas. Thomas, c’était bien lui, ne les reconnaissait plus. Il se montrait même agressif envers sa mère qui tentait de lui rappeler quelques souvenirs. La joie des retrouvailles fut balayée aussitôt. Il avait perdu la raison et toute trace d’humanité, il n’était plus.

Comment est-ce possible? Y a-t-il un point au-delà duquel, pour survivre, l’Homme retrouve son instinct primitif? Peut-on se déshabiller de la civilisation pour devenir bête quand sa vie est en jeu?

Thomas a cherché à s’enfuir lorsque Jean Baptiste l’a trouvé. Pourquoi s’était-il éloigné de sa famille et des hommes ? Comment en si peu de temps avoir oublié jusqu’à sa mère ? Comme tu peux …

 

(manque : feuillet brûlé)

 

(…) Isolé dans sa chambre d’hôpital, le petit Thomas avait trouvé refuge sous son lit. De temps à autre on l’entendait gémir comme un animal blessé – il avait oublié la société des hommes, perdu le langage mais il avait survécu au froid de la montagne.

 

       Son comportement étrange rebutait le personnel soignant qui en avait peur et le petit était négligé. Thomas a essayé plusieurs fois de fuir en se précipitant dans l’embrasure de la porte mais il était aussitôt rattrapé. Ils finirent par l’attacher au pied de son lit avec une chaîne. Et puis un soir, il a réussi à la briser. Il a ouvert la fenêtre de sa chambre et s’est enfui pour de bon cette fois. Ce n’est que quelques jours après qu’ils le retrouvèrent près du tas de bois derrière la maison. Thomas n’était plus que « l’enfant redevenu sauvage ».

 

Chapitre IV

La main droite

Comme tu peux le ressentir, ma chère Maman, cette histoire m’a beaucoup ému et si j’ose t’écrire ces quelques lignes c’est parce que je crois avoir découvert le secret extraordinaire qui se cache derrière cette étrange affaire.

 

Ma signature envoya le petit directement à Montluc d’où je savais qu’il ne ressortirait pas. Je suis allé le voir plusieurs fois. Je l’ai observé pendant de longues heures. Le Dr B. chef du service de psychiatrie de cet établissement me disait qu’il ne voyait aucune amélioration, il croyait même que son état s’aggravait. Thomas restait prostré la plupart du temps sous son lit mais il lui arrivait de piquer des rages folles. Ils l’assommaient alors avec des médicaments. Ils lui ont même mis une fois une muselière car ils avaient peur des mutilations.

Je désespérais de voir ce gamin abandonné de tous et je maudissais la science de n’être que ce quelle est, impuissante face aux grands malheurs et trop souvent prétentieuse. Au début je sentais que mes visites le dérangeaient. Il se cachait sous son lit pour m’éviter et restait là, recroquevillé des heures pendant que je le regardais. Progressivement il s’est habitué à ma présence mais il m’était toujours impossible de m’approcher et moins encore de le toucher.

Il lui arrivait de faire des petits dessins sur le mur avec ses excréments ce qui tu l’imagines agaçait prodigieusement le personnel soignant. Lors d’une visite j’ai assisté à une de ces séances. Thomas a appliqué sa main droite dans ses excréments et l’a posé sur le mur, il m’a regardé fixement et s’est mis à grogner. Je n’ai pas bougé et j’ai soutenu son regard. Et puis il s’est réfugié une fois encore sous son lit. Je n’oublierai jamais ce regard. Il semblait me dire « tu vois c’est ça! ». Je n’ai pas compris sur le coup, rebuté, moi aussi, par cette écœurante scène. Je suis parti.  Je ne suis plus retourné le voir me persuadant que mes visites ne servaient à rien et comme le pensait le Dr B., j’ai voulu croire que Thomas était définitivement perdu – encore une fois une manifestation la lâcheté ordinaire

 

J’ai réfléchi, j’ai essayé de comprendre mais ma raison et tout ce qui justifie mon existence refusaient d’explorer l’insondable. Ma chère Maman tu me connais mieux que quiconque et tu sais combien je suis critique pour tout ce qui touche l’étrange ou le surnaturel.

Si je t’écris aujourd’hui c’est pour me confesser de ce défaut. La science ne peut tout expliquer. Je crois même qu’elle ne peut rien expliquer complètement et que le peu de chose qu’elle révèle nous masque tout le reste. Le champ est immense et il nous faudra un jour l’accepter. Le geste précis de la main droite de Thomas appliquant consciencieusement ses excréments sur la paroi du mur et ce regard doux et expressif m’ont longtemps poursuivi. Je l’ai vu dans mes rêves. C’était sa marque. l’impression de sa  main, la main pour transmettre ses impressions ! Voilà le secret ! Je ne croyais pas que Thomas était fou. Je ne croyais pas qu’il était redevenu un animal. Je croyais au contraire qu’il était prisonnier de lui-même mais j’en arrivais vite à une autre conclusion. Et si Thomas était redevenu homme ? Pas un homme comme on le conçoit aujourd’hui avec ses retenues, sa bonne éducation, sa morale, ses bonnes manières toutes ces choses qui font de notre société cette prison communautaire ; non un homme simple, un homme primitif. Je croyais que Thomas était et se comportait comme un de nos ancêtres, il était redevenu préhistorique.

Faut-il croire aux rêves ? Ils débordent la raison et fouillent notre imagination pour trouver ce que notre conscience nous interdit de penser. Impression, Thomas avait été impressionné, cela m’est soudain apparu comme une évidence comme une vérité.

 

Chapitre V 

Le grand saut


Le petit Thomas est mort à peine trois semaines après ma dernière visite.

Si j’ose t’écrire cette lettre pour toi et pour toi seule c’est que je ne pourrais avouer à personne ce que j’ai découvert ou plutôt ce que je crois avoir découvert. Surtout je te demande de garder le silence, déchire cette lettre dès que tu l’auras lue. Ne la transmets à personne. Ils ne pourraient pas comprendre. Si cela venait à se savoir nous serions certainement victimes de la raillerie populaire et le nom de notre famille serait entaché pour longtemps. Si j’ai raison et s’il m’arrivait quelque chose, toi seule saura ce qui s’est passé et je t’en conjure garde bien ce secret.

 

Après sa mort, elle aussi inexpliquée, j’ai repris mes recherches jusqu’à ce que mon idée de départ sur l’impression se transforme en certitude. Je me suis rapproché du brigadier pour que notre relation devienne amicale. Mon dessein était de devenir plus intime avec lui non parce que je pensais qu’il pourrait m’éclairer davantage sur cette affaire, le sujet d’ailleurs ne l’intéressait pas. Tout cela le dépassait et il ne cherchait pas à savoir. Mon but était d’avoir accès au dossier du petit Thomas. Cela n’a pas été difficile, le brigadier me l’a montré sans difficulté.

 

Je n’ai rien découvert de plus à la lecture de ce dossier mais il y avait les empreintes très lisibles de ses deux mains. Il me fallait l’empreinte de la main droite de Thomas pour être sûr. J’ai pu en réaliser une copie.

 

J’ai refait le trajet qu’avait fait le petit Thomas avec ses parents et je me suis rendu à la grotte de I.

 

Des centaines de personnes, touristes, pour la plupart passent ici chaque année et se contentent d’admirer les gravures de cette grotte. Il y a plusieurs petites salles dans cette grotte. Sur les parois de l’une d’elle on peut apercevoir très nettement de nombreuses empreintes de mains sur la roche. Il y a toutes sortes d’empreintes des rouges, des noires, des mains droites et gauches, des mains d’adultes et d’enfants. Je me suis appliqué à comparer l’empreinte de la main droite de Thomas avec toutes celles figurant dans la grotte. J’étais persuadé de trouver la même empreinte que celle de Thomas. J’imaginais qu’en voyant toutes ces empreintes de main, Thomas avait certainement eu l’idée,  par jeu et comme l’aurait fait n’importe quel enfant de son âge, de poser sa propre main sur une des empreintes de la paroi. Certainement avait-il choisi une empreinte qui correspondait avec sa main. Il aura tout simplement appliqué sa main dans l’empreinte préhistorique.

J’ai retrouvé une empreinte identique. D’après moi ce qui s’est passé alors défie notre imagination. Une image parfaite de son empreinte contenant toutes les impressions d’un enfant de son âge disparu il y a quinze mille ans. Thomas a mis sa main dans l’empreinte et à ce moment précis il a établi le contact avec celui qui, il y a quinze mille ans, l’avait volontairement imprimée avec toute sa volonté et toute son âme. Thomas a été impressionné par les sensations, les peurs, les souffrances et le comportement de cet être disparu comme si cette empreinte avait gardé tout de son créateur. Ce choc a certainement été terrible et a transformé en un instant le petit Thomas en un enfant préhistorique.

Je ne peux expliquer tout ceci – mais c’est ce que je crois.

Comment apporter la preuve de cette théorie? Je n’en sais rien et cela n’a sans doute pas d’importance mais il faut que je sache. J’ai relevé non loin de l’empreinte qui ressemble à celle de Thomas une autre empreinte de main droite. Elle est noire et identique à la mienne. C’est pourquoi ma chère maman je vais tenter moi aussi cette expérience – demain.

Demain je saurais et peut-être redeviendrais-je moi aussi un premier homme. Si c’est le cas j’aurais réussi et tu m’auras perdu –

Je te pris, ma chère Maman, de recevoir mes plus tendres et affectueuses pensées.

 

Ton fils chéri.

Joseph.

 

 

Note : L’incendie de la maison du Dr . Joseph  S. s’est déclaré le 2 février 1947,  le jour même où il a tenté son expérience.

 

 

 

 © Alliance Médicale

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