LA CMU : ENTRE NECESSITE ET ABUS

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Phénomène plutôt rare dans les DOM, certains médecins refusent pourtant  les bénéficiaires de CMU en consultation – Pourquoi? Les CMU seraient-ils des patients différents des autres?

En 2012, et avant la relèvement  des plafonds, 4.416.590* personnes bénéficiaient en France de la CMU complémentaire qui offre un accès gratuit et illimité aux soins et sans franchise. Entre 2000 date création, et 2012 Le fond CMU a vu ses dépenses augmenter de 81%. En 2012, dans les DOM, 559.134 personnes soit 30% de la population bénéficient de la CMU complémentaire.

La Couverture Maladie Universelle est née d’une volonté politique de permettre l’accès aux soins à tous car force était de constater que des centaines de milliers de personnes n’étaient pas assurées et des millions ne pouvaient pas se soigner faute de ressources suffisantes. Depuis 2000, date de  mise en application de ce dispositif, le nombre des bénéficiaires n’a cessé d’augmenter. Une polémique est apparue cependant entre bénéficiaires de la CMU et médecins. Pour les premiers, trop de médecins refusent de les soigner et pour les médecins, les CMU ne sont pas des patients comme les autres –  il y a trop d’abus du système, insistent-ils. Les caraïbes françaises ne sont pas épargnées par ce déficit de compréhension.

@ Rappels

La Couverture  Maladie Universelle comporte trois volets : La CMU de base, la CMU complémentaire et l’aide complémentaire santé. Elle ouvre des droits pour accéder plus facilement au système de soins en France : prise en charge à 100% des dépenses de santé consultation et médicaments sans avoir à faire d’avances et sans franchise. C’est un accès total et gratuit aux soins.

La CMU de base cible les personnes qui n’ont aucune assurance maladie, la CMU complémentaire s’adresse aux personnes affiliées à un régime maladie et ne disposent pas de ressources suffisantes pour accéder aux soins à cause de la différence entre les coûts réels, le remboursement par les caisses et l’avance qu’il faut engager avant remboursement. L’aide complémentaire santé s’adresse aux personnes qui ne peuvent s’offrir une complémentaire santé mais dont les revenus sont supérieurs au plafond de la CMU complémentaire.

@ Pour bénéficier de « la » CMU

Les critères retenus pour être bénéficiaire de la CMU ou plutôt des CMU sont  essentiellement liés à la résidence principale  et au niveau de ressources.

Il faut résider en France depuis au moins trois mois, être français ou étranger en situation régulière.

Les conditions de ressources sont revues chaque année et ne doivent pas dépasser un plafond. Depuis le 1er juillet 2013, les plafonds de ressources ont été relevés de 8,75% ( voir notre article : La CMU étendue). Par exemple au 1er juillet 2013 les plafonds de ressources pour bénéficier de la CMU complémentaire sont de 714 euros mensuels pour une personne seule (1074 euros pour un couple)  vivant en France Hexagonale contre  794 euros pour un DOMinen (1196 euros pour un couple), la différence marquée( +11%) en faveur des DOMiens est censé refléter le coût de la vie plus élevé dans les DOM.

@ Pourquoi  certains  médecins refusent-ils les CMU ?

« Médecin du Monde » estime que 34% des généralistes refuseraient d’accueillir les bénéficiaires de la CMU. Les médecins trahiraient-ils leur serment? Non bien sûr, aucun médecin digne de cet honneur ne refuserait de soigner une personne en difficulté. Mais ce qui les agacent d’abord c’est le système. Depuis sa mise en place  la charge administrative supplémentaire des médecins s’est accrue avec cette nouvelle patientèle. Pour beaucoup d’entre eux, les patients CMU ne sont pas comme les autres. « Ils sont plus exigeants », clament certains médecins, « tout leur est dû » la gratuité totale a même déclenché un phénomène pervers redouté par la sécurité sociale, le nomadisme médical.  Le nomadisme médical  consiste pour un même patient à aller voir plusieurs médecins pour le même problème et quelques fois le même jour!

@ Des abus qui irritent.

Tout le monde convient, et les médecins en premier, qu’une assistance est nécessaire aux personnes les plus en difficulté dans notre société.  Et pour cause, les médecins sont souvent les premiers à voir la vraie misère. Comme toutes les autres couches de la population, elles doivent pouvoir bénéficier des mêmes soins et de la même qualité.

Ce que les médecins constatent tous les jours dans leur cabinet, généralistes en tête, c’est qu’un bon nombre de personnes, titulaires de la carte CMU, ne devrait pas y avoir droit. Ce qu’ils constatent c’est que le système a été perverti. Des personnes arrivant en gros 4*4, disposant d’une Villa somptueuse, décrivant leurs dernières vacances à l’étranger présentent une carte de CMU en règle! Des salariés, des retraités, des commerçants et artisans avec pignon sur rue bénéficient parfois de la CMU complémentaire. Où sont les contrôles? La solidarité atteint ses limites quand le système autorise de telles dérives. Les cas de ce genre ne sont pas rares dans les DOM. Devant ce laxisme affiché du système, le bouches à oreilles fonctionne. Bien des personnes recherchent elles aussi à bénéficier de ce précieux « sésame » aux soins. Fausses déclarations, fausses attestations, plus le système accentue la pression pour diminuer les dépenses de santé, plus la fraude augmente.  La petite phrase « Mais j’y ai droit!  » qui revient quelquefois dans les conversations- tant dans les cabinets qu’en pharmacie-  peut finalement agacer quand derrière ce droit il n’y a pas de devoir.

@ Retrouver la dignité

Les français sont en train de découvrir que la santé à finalement un prix élevé. Le déremboursement de nombreux médicaments, les franchises, l’augmentation des cotisations  concourent à leur faire prendre conscience de cette réalité. Les CMU sont épargnés. La gratuité totale et inconditionnelle n’est pas un bon système car elle déresponsabilise. Chacun doit apporter sa contribution -aussi mince soit elle- à l’effort de tous. Au Brésil par exemple, les plus démunis peuvent bénéficier d’un repas chaque jour mais en contrepartie paient une petite participation, l’équivalent d’un euro ; c’est le prix de leur dignité. Cet effort c’est le prix de la solidarité. Les bénéficiaires de la CMU retrouveraient alors en plus de la dignité les notions de valeur, vite oubliées quand tout est gratuit.

CS . Philippe Granville. màj 26 janv. 2014

*Source : CMU.fr

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