HOMO NOVUS

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Une e-nouvelle de Bernard Craut -2009

– Chapitre I –

Le Troisième cas

 

– Docteur, il y en a encore un !

Myriam venait d’entrer sans frapper dans le cabinet du Dr. Brau. Le visage blême, elle fixait son patron avec un regard de naufragé. Le médecin sursauta d’abord et se leva d’un bond. Il retira ses demi-lunettes et prit un air grave qui figea son assistante.

– Calmez-vous Myriam ! Nous allons voir cela. Dit-il pour rassurer. Donnez-moi les radios je vous prie.

Myriam tendit la main et le médecin les regarda dans la lumière de son lustre. Après quelques secondes, le Dr Brau s’affaissa dans son fauteuil et son visage se crispa. Il les réexamina avec plus d’attention encore.

– C’est bien cela, dit-il, le troisième cas… n’est-ce pas ? Et il reposa délicatement les documents sur son bureau. Il continua à les fixer, le regard perdu. Sans même qu’il en eut conscience, son index replié vînt s’appuyer doucement sur son menton. Un signe inhabituel chez lui que remarqua aussitôt son assistante.

– Merci Myriam, je m’occupe de cela. Ah! Faîtes lui un IRM.

– Nous en avons déjà fait un Docteur.

– Recommencez.

L’assistante tourna les talons et repartit sans un mot.

Le Dr Brau se frotta le menton, s’affala dans son fauteuil et réfléchit longuement. Il ne savait pas quoi faire. C’était un cas, le troisième. Jamais il n’avait vu cela auparavant et en moins d’un an trois cas identiques…Incapable de diagnostiquer quoique ce soit et encore moins d’écrire son interprétation. Il se trouvait confronté à ce que redoute le plus les médecins, l’inconnu. Ce vide médical était insupportable, il avait bien tenté de chercher dans la littérature des cas similaires ou approchant mais rien, vraiment rien ne correspondait avec ce qu’il avait observé. Ces radios étaient une énigme. Ce n’était tout simplement pas normal et pourtant il n’y avait rien de pathologique…

– Chapitre 2-

Visite de routine

Il se décida enfin à chercher du secours. Il sortit un petit calepin de son tiroir et le compulsa nerveusement. Son index parcouru la liste et s’arrêta sur un nom : Jean… Académie de médecine. Il composa aussitôt le numéro de téléphone. A la troisième sonnerie son correspondant décrocha.

– Allo, Jean ?

Lorsque Madame Lautier entra avec son fils dans le cabinet de radiologie du Dr Bau elle était loin d’imaginer qu’elle allait déclencher une panique médicale.

Madame Lautier était la maman de Benjamin. Assise dans la salle d’attente, elle le tenait fort dans ses bras. Elle était là parce que son médecin traitant, le Dr Delanche, lui avait demandé de faire des radios de la tête de son fils.

 

Le Dr Delanche passait régulièrement voir Benjamin. Après tout c’était lui qui l’avait mis au monde, c’était un peu son bébé à lui, aussi. Il examinait l’enfant, lui parlait doucement et cela rassurait énormément Madame Lautier. En réalité le Dr Delanche passait parce qu’il sentait que quelque chose n’allait pas mais il ne savait pas quoi et ne voulait surtout rien dire à la maman pour éviter de l’inquiéter inutilement. Il avait juste un doute. L’examen clinique ne suffisait pas à faire taire son intuition. Benjamin avait un périmètre crânien un peu trop grand pour son âge, une tête un peu forte, et il lui semblait que la fontanelle était très large. Les sutures crâniennes étaient trop prononcées, mais Benjamin se portait bien, il était même très éveillé peut-être même un peu trop. Madame Lautier elle s’extasiait devant les progrès rapides de son fils et s’émerveillait de l’entendre parler avec des mots,, déjà, qu’il semblait si bien comprendre.

Madame Lautier attendait son tour. Elle n’était pas vraiment inquiète plutôt anxieuse. Et regardait son fils avec toute la bienveillance d’une mère. C’était son premier, son cœur, le plus beau bébé du monde et elle le protégeait de ses bras et toute la tendresse d’une mère. Avec lui, elle se sentait forte et rien ne pouvait leur arriver. Elle avait confiance. Elle pensait que les médecins voulaient seulement voir ce qu’il avait dans la tête, il semblait tellement intelligent.

– Madame Lautier, lança Myriam.

La jeune maman se leva aussitôt. Oubliant son sac, elle tendit à Myriam la lettre du Dr Delanche. Elle suivit la manipulatrice jusqu’à la porte dans la grande salle de radiographie. Là, Myriam prit le petit Benjamin dans ses bras et Madame Lautier le lui confia, non sans regrets, puis elle attendit, encore. Myriam revînt enfin et expliqua à Madame Lautier qu’elle avait besoin de faire un nouvel examen. Mais le visage de la manipulatrice dissimilait mal un trouble qui n’échappa pas à Madame Lautier.

Elle sentit immédiatement qu’il y avait quelque chose, sûrement quelque chose de grave et son sang se glaça.

–       Mais qu’est-ce qu’il y a ?

 

– Chapitre 3 –

Jean

– Louis, Louis Brau ! Ca fait si longtemps !

– Mon cher Jean, pardonnes- moi ma négligence. Ca fait en effet pas mal de temps… Je crois bien que nous ne nous sommes pas revu depuis le mariage de ma fille, n’est-ce pas?

– En effet, et comment va-t-elle ?

– Très bien, répondit le radiologue, je te remercie mais j’aimerais te parler d’un problème professionnel qui m’inquiète sérieusement.

Le Dr Brau lui décrivit ce qui l’inquiétait. Il lui parla de cette tumeur ; il n’avait pas d’autres mots pour décrire cette extension apparue entre les lobes du cerveau. Une tumeur bénigne assurément mais tout à fait originale. Elle avait la taille d’une balle de ping-pong mais semblait parfaitement structurée, claire, très « propre ». Trois fois déjà il avait observé la même, rigoureusement la même, toujours chez de très jeunes enfants. D’abord il avait pensé à une malformation. Cette excroissance n’était pas visible sur les échographies de la grossesse. Elle n’apparaissait sur aucun cliché mais ce n’était pas très visible. Cette petite boule semblait émerger d’entre les deux grandes masses du cerveau sans les comprimer car elles semblaient au contraire lui faire une place. Ce gros bourgeon qui prenait naissance au niveau de l’hypothalamus semblait bien adapté. Il s’insérait dans une cavité faite pour lui. Impossible bien sûr d’effectuer une biopsie. L’imagerie avait révélait tout ce qu’elle savait. Les enfants se portaient très bien malgré un volume crânien un peu fort. Tous les trois étaient nettement plus éveillés que les enfants du même âge. Mais ils ne souffraient aparemment d’aucun mot de tête, ne pleuraient pas, n’avaient pas de signe de migraines, non, tout allez bien et pour le mieux…mais cette petite tumeur! Un cas passe encore mais trois identiques découverts en un an seulement…Il y avait là un mystère qui dépassait le Dr Brau.

Jean écoutait attentivement. Lorsque le Dr Brau eut fini son discours un long silence s’installa entre les deux hommes. Brau cru tout d’abord que la ligne avait été coupée mais Jean répondit sur un ton calme et sérieux qui impressionna le radiologue.

– Tu sais, tu n’es pas le premier à relever de tels cas. A vrai dire nous en avons recensé plus d’une cinquantaine en France. Nous avons dû commander une enquête. Comme toi nous sommes très perplexes. D’autres cas ont été observés un peu partout dans le monde mais nous n’en sommes qu’au tout début. En fait nous recueillons les témoignages et tentons de comprendre ce phénomène.  Pour l’instant nous n’avons pas de réponse. Personne n’a encore de réponse et même pas un début d’explication. Le Dr Gougeons s’est attelé à la tâche nous lui avons confier ce dossier. D’ailleurs ce soir nous avons notre réunion hebdomadaire et il nous présente ses premières conclusions. Tu es le bienvenu et tu pourras témoigner toi aussi. Je t’attends ce soir. Passe à18h.

 

– Chapitre 4-

L’évolution

Brau fût accueilli chaleureusement par son ami qui lui présenta quelques collègues. Jean et Louis furent conviés à s’asseoir au premier rang.

Le Dr Gougeons révisait ses feuillets en attendant que l’assistance se forme et passait du président de séance au modérateur qu’il entretenaient brièvement.

Le Dr Gougeons avait la cinquantaine. Louis l’observait avec curiosité. L’homme paraissait dynamique, sûr de lui. Il se déplaçait avec aisance et se tenait droit. Il y avait dans son attitude une sorte d’arrogance qui impressionnait. Le Dr Gougeons commença son monologue sur un ton si grave qu’il annonçait une révélation. Il rappela d’abord le cadre de sa mission, l’objectif et la méthodologie. Il avait recensé plus de mille cas identiques à travers le monde mais ce n’était là que les premières données. Il osa le terme « épidémie », ce qui eut pour effet de déclencher un brouhaha dans l’assistance. Au fur et à mesure qu’il déroulait son discours, Le Dr Gougeon semblait submergé par l’émotion. L’étrange « maladie » ne touchait que des enfants -garçons ou filles- d’un à deux ans environ, tous en excellente santé, tous avec un périmètre crânien supérieur à la norme. Il n’y avait pas de variante, le phénomène était partout identique, les mêmes descriptions, les mêmes anomalies. Malgré des examens de sang poussés, aucun virus connu n’avait été détecté, aucune bactérie pathogène n’avait été révélée. Tout semblait « normal ».  Cette excroissance n’était pas en apparence la conséquence d’une maladie mais plutôt d’une infirmité jamais observée jusqu’ici. Les derniers examens génétiques réalisés chez quelques sujets seulement semblaient confirmer cette hypothèse. En effet, les chercheurs avaient découvert un chromosome supplémentaire chez les sujets étudiés, ils l’appelaient déjà le « nouveau chromosome ».

Le Dr Gougeons ne regardait plus ses notes, il marchait de long en large sur la petite estrade de bois. Brutalement il s’arrêta et prit un air sévère.

– Ce que je vais vous dire maintenant dépasse le cadre de notre entendement mais je ne vois pas d’autres explications.

– Mesdames et Messieurs nous sommes probablement en présence d’une mutation humaine spontanée. Nous n’en connaissons pas les causes ni les conséquences. Cette masse cérébrale qui se développe est sans doute un troisième lobe, un nouveau cerveau. Il est trop tôt pour apprécier quels seront les nouvelles facultés intellectuelles de ces êtres nouveaux mais il semble bien qu’elles dépasseront les nôtres.

Mesdames et Messieurs nous sommes peut-être les derniers hommes modernes, bientôt des dinosaures. Ces enfants représentent l’avenir de l’homme, l’échelon supérieur de l’évolution humaine ; ils sont l’homo novus- l’homme nouveau.

 

Alliance Médicale. © -2009

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