GRAINS DE FOLIE

E-NOUVELLE Commentaires fermés sur GRAINS DE FOLIE 31

GRAINS DE FOLIE

E-nouvelle par Bernard CRAUT

Chapitre 1

LA BONNE NOUVELLE

–   Mesdames, Messieurs, j’ai une bonne nouvelle.

Le Président était debout derrière une grande table ovale autour de laquelle étaient assis treize personnes attentives.  Il marqua un temps de silence.  Il crispait ses lèvres en tripotant ses fiches ce qui accentuait son excitation.

–  Mesdames et Messieurs je vous annonce que MONBANO est prêt. Nous avons obtenu toutes les autorisations pour mettre sur le marché le M990! Et le lancement est déjà programé!

Une clameur houleuse parcourut la salle et des applaudissements feutrés s’y associèrent. Le Président afficha alors un large sourire. Son regard balaya l’assistance et il fixa chacun des administrateurs et de ses Directeurs tous confortablement installés dans leur large et  pivotant fauteuil de cuir. D’un geste posé, il demanda le silence.

–  Permettez-moi de vous présenter maintenant les résultats. « Et je vous réserve une petite surprise en fin de séance », ajouta t-il sur un ton satisfait.

L’écran derrière lui s’illumina tandis que les rideaux des fenêtres se refermaient automatiquement pour obscurcir la pièce.

–  Sur cette diapositive vous pouvez voir les qualités essentielles du M990. Non seulement nous obtenons des grains de blé plus gros et plus nombreux par épis, non seulement le M990 est insensible aux parasites puisque nous l’avons modifié pour qu’il produise les toxines nécessaires contre les insectes et autres parasites mais surtout, surtout… Il appuya sur un bouton de sa télécommande et une nouvelle diapositive apparut.

–  Nous avons pu introduire dans la plante un gène qui produit le Xédox, une formule unique –  dont avons bien sûr déposé le brevet -et dont le consommateur ne pourra plus se passer!

Chapitre 2

ACCROS

La salle était médusée, toute l’attention se portait sur cette diapositive qui décrivait synthétiquement la formule chimique du fameux Xédox.

Un des membres de l’assemblée osa poser une question.

–  Pouvez-vous nous expliquer un peu plus concrètement quelles sont les propriétés de ce Xédox pour le M990.

Le Président tiqua d’abord. Le ton du questionneur l’agaçait. Le Président fixa alors Mr Blin droit dans les yeux avec un sourire de prédateur. Ne savait-il pas ce petit administrateur de moins de un pour cent qu’il avait fallu investir plus d’un milliard de dollars pour atteindre ce résultat scientifique, cette révolution chez tous les semenciers…

–  Mais certainement Monsieur Blin dit-il, sur un ton calme et rassurant. Les données figurent    dans le document qui est placé devant vous. Mais, je préfère laisser la parole à Madame Goudal, notre Directrice marketing, qui vous expliquera tout cela mieux que moi !

Tous les regards se fixèrent alors vers cette femme excessivement blonde, maigre et extrêmement maquillée.  Elle se leva et d’un ton calme elle dit :

–   Monsieur le Président je vous remercie de me donner la parole, dit-elle. Mesdames et Messieurs, tout l’intérêt du Xédox  est de donner au M990 la qualité extraordinaire de garantir un taux de réachat du produit et de ses dérivés de cent pour cent, et c’était là notre objectif. Ce point fondamental pour capter entièrement le marché est parti d’une démarche marketing qui nous a conduit à orienter la recherche. En ce sens nous avons inversé le processus industriel traditionnel. Ce ne sont plus les découvertes de la recherche qui vont être valorisées par le marketing, mais  le marketing qui dirige la recherche. Et vous conviendrez que dans le domaine des biotechnologies c’est une révolution. Notre Laboratoire a si bien travaillé qu’il a conçu un gène entièrement artificiel aux propriétés innovantes et a su l’implanter grâce à des virus chirurgien dans le génome de la plante. Le Xédox n’apporte pas de propriété nutritionnelle supplémentaire, il ne protège pas davantage la plante contre les parasites, non, Xédox développe tout simplement et essentiellement … le plaisir.

Le Xédox se retrouve dans la farine, il est insensible à la chaleur et aux autres facteurs environnementaux des chaînes de fabrication en boulangerie et pâtisserie. Il crée le plaisir et incite donc le consommateur final à renouveler l’expérience. Nous l’avons testé, et les résultats sont extraordinaires. Xédox est sans effet secondaire sur la santé. C’est là le point fort qui nous ouvre des perspectives de marché énormes.

–  Si  je comprends bien, dit Monsieur Blin bredouillant, vous avait inventé un blé qui est à la fois  un aliment et … une drogue!

 

Chapitre 3

NOTRE PAIN QUOTIDIEN

A cette remarque, la Directrice marketing se crispa imperceptiblement. Elle avait prévu une telle question mais avait tenté de manœuvrer pour l’éviter. Ce Blin décidément ne comprenait rien – ou trop bien. Il y a des questions qui à ce niveau restent dans le non-dit, à côté, mais n’apparaissent jamais dans le débat ouvert. Chacun le sait. Cette insistance à vouloir marquer ce qui devait être pudiquement voilé la rendait furieuse. Cela dépassait l’incorrection. Mais elle sut parfaitement contrôler son énervement et répondit sur un ton serein

–  C’est un bien grand mot, Monsieur Blin.  La drogue, vous le savez est illicite, notre société ne pourrait se permettre de tels écarts sans risques. Le mot «drogue» est bien déplacé pour définir le Xédox. C’est une molécule qui apporte du plaisir en plus dans l’alimentation, n’est- ce pas ce que nous cherchons tous en mangeant, du plaisir? Et puis Monsieur Blin, aurions nous obtenu les autorisations officielles de tous les états pour commercialiser le M990. Les organismes en charge de délivrer ces autorisations, au nom des états, ont des commissions d’experts de haut niveau. Ils ont lu nos études comme ils le font pour tous les produits   alimentaires génétiquement modifiés, et ils ont conclu. Oui, le M990 est conforme et sans aucun danger pour la santé.

–  Mais, si j’ai bien compris le Xédox rend le consommateur dépendant.

–  Ne sommes-nous pas déjà tous dépendant de l’alimentation? Ne devons-nous pas tous manger pour survivre et ne prenons-nous pas du plaisir à manger. La dépendance est une notion subjective. Vous aimez manger chaque matin vos toasts grillés et ne vous sentez pas dépendant lorsque vous prenez votre café à la même heure avec le même rituel ? Qui pourrait vous l’interdire? Et pourquoi vous ôter ce plaisir? Ce que nous avons voulu avec M990 c’est accentuer ce plaisir, le rendre encore plus exigent. Xédox crée cette exigence pour notre plus grand… bénéfice. Ce que nous avons simplement fait c’est de construire une plante capable de nous donner plus de plaisir et en même temps de nous nourrir. Aucune drogue ne fait ces deux choses en même temps. «Chacun aura le pain qu’il souhaite», ajouta t-elle cyniquement.

Blin s’était carré dans son  fauteuil trop grand pour lui. Il devinait les contours flous de ce discours mielleux, rassurant et hypocrite mais devant le regard sévère des autres membres de cette assemblée qui le fixait ostensiblement, il n’osait plus intervenir. Il savait que toute cette belle assemblée avait parfaitement compris les enjeux d’un tel produit. Tout cela allait leur procurerait ce qu’il aimaient par dessus tout: l’argent et pouvoir, et pour longtemps. Ils allaient être riche, encore plus riche encore plus puissant et cela anesthésiait leur conscience.

La Directrice s’était tue pour mieux examiner les réactions de son interlocuteur. Elle devinait qu’elle ne l’avait pas convaincu mais savait aussi que l’assemblée la soutenait et que ce poids était suffisant pour faire taire ce «dérangeant». Aussi reprit-elle son exposé avec plus de vigueur.

–  Le Xédox est l’Avenir. C’est l’avenir de tous, c’est notre avenir. Il nous assurera pour des décennies ce qu’aucun de nos produits antérieurs ne nous a jamais rapporté : la certitude. La certitude de bénéfices importants avec une évolution croissante de nos parts de marché jusqu’à ce nous en ayons le monopole absolu. Mesdames et Messieurs Xédox est votre rente à vie et même au-delà.-  Le blé c’est nous, reprit-elle …et nous offrirons au monde « son pain quotidien » !

L’assemblée applaudit ; Blin se raidit.

Chapitre 4

L’OUBLI

 

Le Président qui ne l’avait pas quitté pas des yeux, tout en applaudissant, la remercia chaleureusement. Il reprit la parole et avec une satisfaction retenue  annonça  les objectifs de vente,  l’évolution des parts du marché, et les bénéfices attendus. L’assemblée ne disait mot et se réjouissait de voir tant de croissance, tant de courbes ascendantes sans compter qu’après le blé, MONBANO pourrait s’attaquer aux autres céréales, le riz, le soja, le maïs, tout était possible. Et chacun comprenait qu’il tenait le monde au creux de sa main.

A côté du magnifique dossier illustré qui était posé sur la table devant chaque invité, le service de relation public avait placé un verre avec une petite bouteille d’eau. Blin n’écoutait plus. Il se servit à boire puis feuilleta le document. Le Président parlait déjà depuis une bonne demi-heure quand soudain Blin remarqua quelque chose. Nulle part dans ce dossier ne figurait le nom de Xédox. Il examina à nouveau pour s’assurer de sa découverte. Comment ce point essentiel pouvait-il être aussi absent. -Rien. Il chercha encore mais ne trouva pas davantage. « Bizarre» se dit-il. Pourquoi ce nom n’apparaissait-il pas et pourquoi ne parlait-on pas non plus des effets de dépendance créés par Xédox. Il leva les yeux et vit que toute l’assemblée avait les yeux rivés sur l’écran. Le dossier technique placé devant eux les laissait totalement indifférent. Il se retourna vers son voisin de droite qui regardait attentivement la présentation et l’interpella pour lui expliquer ce paradoxe. Mais l’homme ne prêta pas attention à ses remarques, il semblait subjuguer par le discours du Président.

–  « Excusez-moi ! », lança Blin fermement,  en coupant net le Président.

Le Président s’interrompit brutalement surpris par cette injonction, et toute la salle  se tourna vers Blin.

–  Encore une remarque Monsieur Blin? Fit le Président avec un sourire narquois.

–  Oui, dit-il en se levant.

Il prit le dossier entre ses mains et le feuilleta ostensiblement.

–  Pourriez-vous m’expliquer Monsieur le Président pourquoi dans tout ce dossier et les rapports d’études en annexe, je ne vois nullement apparaître le nom de Xédox ?

Le Président eut l’air embarrassé mais se reprit vite en affichant cette fois un sourire de circonstance.

–  Est-ce là tout votre souci, Monsieur Blin? Pensez-vous que nous aurions des choses à cacher?

–  Je vous demande seulement de me répondre, renchérit Blin.

–  Voyez-vous Monsieur Blin si ce nom n’est pas dans ce document c’est qu’il n’a pas lieu d’y apparaître. Quant aux études scientifiques que nous avons réalisées elles s’adressent aux     scientifiques et non à des hommes comme vous ou moi et vous seriez bien en mal de les    comprendre, dit-il en ricanant, et tous le suivirent.

Ce ton sarcastique déplut fortement à Blin. Visiblement le Président cherchait à le ridiculiser aux yeux de l’assemblée. Mais une telle réaction lui prouvait qu’il tenait là un sujet sensible et il eut le réflexe de s’accrocher.

–  Voyez-vous Monsieur le Président je suis ici en tant qu’actionnaire, certes très minoritaire, mais actionnaire tout de même. Et même si je ne suis pas scientifique j’ai le droit et le devoir de demander des explications.  C’est un point essentiel car, Monsieur le Président, s’il y avait eu un « oubli » ou une dissimulation dans ces études elles perdraient automatiquement  toute valeur. Cela remettrait en cause les autorisations de mise sur le marché obtenues partout dans le monde.  Autrement dit d’extrêmement riches nous pourrions nous retrouver   ruinés.

Ce dernier argument fit mouche, et les yeux de l’assemblée se tournèrent directement vers le Président

–  Nous avons toujours beaucoup de plaisir à répondre aux actionnaires et à tous nos actionnaires, reprit le Président.

– Voyez-vous, le Xédox comme nous l’a dit notre directrice Marketing n’est qu’un nom de code, rien de plus. Le M990 a été traité dans nos études comme pour tous organismes génétiquement modifiés et un dossier très complet a été remis aux autorités dans la stricte application de loi. Il n’y a pas à s’inquiéter de ce côté-ci. Nous avons convaincu nombre des experts qui composent les jurys de l’excellence de ce produit. Nous connaissons bien ces scientifiques.  S’ils ont approuvés le M990 c’est bien évidement à cause de ses qualités. Le Xédox n’a rien à voir, c’est disons…notre petite touche personnelle.

–  Si je vous comprends bien, Monsieur le Président, vous n’avez jamais parlé du Xédox et de    ses effets aux autorités…

Le Président marqua un temps d’arrêt et son sourire disparu. Il hésitait à avancer sa seconde réflexion. Mais son irritation le poussait à s’exprimer et son ton monta

–  Mais le Xédox est partie intégrante du M990, il ne peut en être séparé donc nous n’avions      aucun intérêt à le mettre particulièrement en évidence.

–  Et pourtant, coupa Blin, c’est bien le Xédox qui rend ce produit intéressant…

–  Et la Presse, pensez-vous qu’elle serait intéressée? Ajouta Blin sur un ton provocateur.

Le visage du Président devint plus grave. Ce Blin touchait un point sensible que tous voulaient ignorer. N’allait-il pas retourner les actionnaires contre lui et ouvrir une discussion que le Président ne voulait surtout pas aborder. De quoi se mêlait-il celui-là enfin! Ne pouvait-il se contenter de toucher ses dividendes et d’applaudir comme les autres. Il fallait une diversion immédiate pour écarter ce danger. Le Président fouilla dans sa poche et prit son téléphone mobile. Il jeta un œil sur l’écran et son visage s’assombrit

–  Excusez-moi un instant, fit-il à l’assemblée,  un appel important.

Il appuya sur une touche et s’éloigna pour parler discrètement. Quelques secondes plus tard il raccrochait et revint vers l’assemblée.

–  Rien de grave, mais continuons cette intéressante conversation. Où en étais-je ? Ah ! oui, Monsieur Blin. Nombre de personnes faisant partie des commissions de conseil pour l’obtention des autorisations sont des experts mais aussi des partenaires de MONBANO et connaissent par conséquent l’existence de Xédox. Nous en avons parlé ensemble mais il n’a pas été jugé utile d’évoquer cette molécule dans le dossier présenté aux autorités. Et puis cela ne faisait pas partie du cahier des charges exigé pour le M990.

–  Mais rafraîchissez-moi la mémoire Monsieur le Président, ces études sont bien réalisées et payées par MONBANO selon un protocole MONBANO. En d’autres termes nous leur fournissons ce que nous voulons…

Un jeune homme élégant, en costume foncé, entra dans la salle et se dirigea aussitôt vers Blin. Il lui parla à l’oreille. Blin fronça les sourcils, se leva et les deux hommes sortirent de la salle.

–  Hé ! bien nous continuerons cette intéressante discussion plus tard, fit le Président, en suivant les deux hommes du regard. Y a-t-il d’autres questions ?

 

 

Chapitre 5

COMPLAISANCE

–  «J’ai une petite question, Monsieur le Président», fit une voix grave.

Le Président se tourna vers l’homme qui l’interrogeait. C’était Scott. Le Président se demanda l’espace d’un instant si Scott allait reprendre à son compte cette gênante discussion.

Scott était le représentant d’un important groupe d’investisseurs américains. Le plus gros et le plus instable de ses actionnaires. Il appartenait à un groupe de « switchers » qui étaient passés du tout pétrole au tout alimentaire en quelques années. Ils pesaient quelques milliards de dollars. Scott était une figure texane ou sa caricature. Jean, Stetson et gros cigares, le regard franc, les manches retroussées et un ventre bien rond s’appuyant sur une large ceinture de cuir fermée par une boucle énorme en métal doré représentant un indien chevauchant un bison.  Son attitude débonnaire entretenue par des traits grossiers et un langage tout aussi épais pouvait cacher des réactions tranchées.

Le Président connaissait bien Scott. L’argent était son carburant. Dans son monde, tout ce qui produisait de l’argent était bon, tout ce qui entravait cette production était mauvais.

–  Je crois que nous avons tous compris ici l’intérêt du Xédox pour nos petites affaires mais dites-nous donc, Monsieur le Président,  quelle est cette « surprise » dont vous nous parliez au début de votre discours.

Le Président se détendit et répondit avec un sourire complaisant.

–  J’ai le plaisir de vous annoncer que MONBANO vient d’acquérir plusieurs milliers d’hectares    de terres céréalières en Ukraine.  Nous louiions ces terres maintenant nous en sommes propriétaires. Bien sûr nous continuerons à les exploiter avec la main d’œuvre locale ce qui nous assure de bonnes relations avec la population et les autorités locales. MONBANO, mesdames et messieurs est désormais l’un des plus grand propriétaire de terre à blé du monde!

Nouvel applaudissement dans la salle.

–  A part Monsieur Blin, fit Scott,  je ne vois pas très bien qui pourrait nous empêcher d’augmenter notre fortune.

 Et il partit dans un rire gras qui se voulait fédérateur. Les félicitations fusaient et un brouhaha envahit très vite la salle pendant quelques minutes.

–   Mesdames et Messieurs, dit le Président, je vous demande encore un peu de votre attention.

Le silence revint.

–   Lors de notre prochaine réunion qui sera notre assemblée générale nous aurons à voter sur les décisions importantes concernant notre politique actuelle et le lancement du M990 qui va nécessiter encore de lourds investissements. D’ors et déjà je peux vous dire que ce lancement pourra se réaliser sur fonds propres et que nous ne ferons pas appel au marché  financier. Je compte bien sûr sur votre présence et votre soutien afin de donner à MONBANO cette place unique de premier producteur de blé au monde.

–   Mon cher Président, fit Scott, vous avez déjà mes dix-neuf pour-cent!

Les actionnaires repartirent avec le sentiment que leur investissement était bien placé. Assurément l’action MONBANO allait monter à l’annonce prochaine de ce nouveau produit et tout cela était bon pour les affaires. Tous étaient maintenant convaincus que le M990 était le produit d’avenir, le parfait filon et surtout … inépuisable.

 

Chapitre 6

LE CHOC

 

Deux jeunes hôtesses raccompagnèrent Scott jusqu’à la sortie. Il leva les yeux et contempla les soixante-deux étages de la tour de MONBANO. Un taxi luxueux l’attendait devant l’entrée. Il s’arrêta un instant et  tira de sa poche un de ces gros cigares alignés dans un boîtier en argent ; il le roula consciencieusement entre ses doigts et l’approcha de son oreille pour s’assurer de sa qualité. Ce rituel le rassurait. Le taxi le conduisit directement à son hôtel. Un de ces palaces qu’il affectionnait particulièrement car on ne l’accueillait pas comme un client mais comme un ami. Il se sentait chez lui.

Le lendemain matin de bonne heure il se rendit au salon pour prendre son petit déjeuner. Il retrouva deux autres actionnaires importants de MONBANO qui avaient assisté avec lui à la réunion.

– François, Will, quel plaisir ! Vous déjeunez avec moi naturellement.

Les deux hommes ne se firent pas prier et s’installèrent à la table de Scott. Après quelques échanges de convenance, la discussion s’orienta sur la réunion de la veille. Et ils se félicitèrent de l’arrivée de ce nouveau produit qui allait les rendre encore plus riches. Cette simple évocation les faisait immanquablement sourire d’aise. Ils étaient persuadés que tout allait pour le mieux.

– Tout de même, dit Scott, il ne faudrait pas qu’on parle trop de ce « Xédox » ça pourrait nuire aux affaires.

– Aucune importance, fit Will qui se tenait à sa droite, le temps est notre allié mon cher. Il faudra beaucoup de temps avant que les effets du Xédox ne soient découverts

-… Et il faudra le prouver coupa François, ce qui ne sera pas facile. Nous avons les moyens pour faire durer cela très longtemps. Nous irons probablement au procès mais là encore nous aurons gagné une bonne décennie… d’ici là nous aurons trouvé un autre « Xédox » encore plus puissant.  Il n’y a rien à craindre, croyez-moi.

– Vous avez entièrement raison mon ami, ajouta François, nous n’en sommes pas à notre premier coup. MONBANO a su développer avec bonheur des appuis politiques et scientifiques de toute première qualité, c’est un point fort sur lequel nous avons beaucoup investi. Je fais confiance au Président pour mener cette affaire.

– Il y a ce Blin, dit Scott, avec une moue d’écœurement, ce type ne m’est pas sympathique, il   pourrait nous amener des ennuis.

– …Et scier la branche sur laquelle il est assis? Interrompit Will.  Non! Blin n’est pas fou, il sait     où sont ses intérêts. Lui aussi doit rendre des comptes. Il a juste un petit problème, disons… philosophique.

Un élégant serveur au gilet bordeaux poussait devant lui un chariot avec tout ce qu’exige un petit déjeuner réussi. Il s’arrêta près de leur table.

–  Bonjour messieurs, fit-il, vos journaux Monsieur Scott.

–  Ah! Voyons cela, fit Scott guilleret en dépliant le premier quotidien que lui avait tendu le         serveur.

Pendant que le serveur s’affairait pour servir les deux autres convives, Scott lui, s’isolait derrière son journal. Brusquement il le laissa retomber sur ses genoux au moment même où le serveur posait une tasse devant lui. La tasse se brisa et le café se répandit sur la nappe. Très ennuyé, le serveur épongea aussitôt le café avec une serviette et se confondit en excuses. Scott ne bougeait pas. Il était blême et muet de stupeur. Ses deux amis s’étonnèrent d’abords puis s’effrayèrent.

–  Mais qu’y a-t-il donc, parlez!

Le serveur s’était relevé et d’un coup d’œil il comprit qu’il valait mieux se retirer. Scott figé par l’émotion reprit ses esprits.

–  Regardez, Blin… Blin… il est mort… ils l’ont tué.

Sur la seconde page du quotidien il y avait la photo de Blin avec ce titre « Un Homme d’affaire assassiné».

François et Will se regardèrent interloqués. Scott leur lut rapidement les premières lignes de l’article.

– « Le corps de l’homme d’affaire, Claude Blin, a été retrouvé hier midi dans le quartier de Green Valey. La luxueuse voiture arrêtée dans cet endroit malfamé a attiré l’attention des policiers en patrouille qui ont découvert l’homme d’affaire gisant dans son sang au volant de sa voiture. Il aurait été poignardé. Des indices troublants ont été relevés par la Police qui semble s’orienter non vers une piste crapuleuse mais vers un règlement de compte. En effet Claude Blin avant de mourir a eu le temps de souligner avec son sang, dans son agenda qu’il tenait encore en main, la date de la réunion qu’il venait de quitter au siège de la société MONBANO et d’inscrire en lettre de sang « XEDOX DANGER ». Ce message étrange a attiré l’attention des enquêteurs qui  se sont rendus aussitôt au siège de cette société pour interroger…»

 –  Nom de Dieu! fit Will hagard, « On est foutu! »

 

 

B. Craut – Alliance Médicale- © 2012

Les articles liés

© CARAIBESANTE.COM 2014 ASSOCIATION ALLIANCE MEDICALE
Réalisation et Production S.M
HONConduct163919
CE SITE RESPECTE LA CHARTE HONCODE.
Ce site respecte les principes de la charte HONcode de HON Que signifie le respecte de la charte HONcode  La charte HONcode.
Vérifiez ici notre Certificat de conformité.

Retour en haut

Aller à la barre d’outils